Le joyau du sud de Yellowstone est sans conteste le magnifique Lac. Nous passerons deux jours à explorer ses rives.
Le premier jour, nous longeons le lac avant de nous engager dans une courte randonnée de 5 kilomètres jusqu’à Natural Bridge. Nous sommes seuls sur le sentier et le pont se découvre soudainement au détour du chemin, niché dans une dense forêt de pins et veillé par une adorable marmotte. Au printemps, c’est plutôt le domaine des ours mais nous n’en croisons aucun. En même temps, les commentaires à haute voix de Demi-Portion sur tout ce que nous pouvons croiser : fleurs, arbres, insectes rampants, volants, écureuils…ne doivent pas les inviter à la rencontre.

Ce sentier est en fait le segment d’une route pour diligences reliant initialement West Thumb à Lake Village.
Le pont naturel a été creusé par le ruisseau qui s’écoule paresseusement entre les roches de lave et les pins. En hiver, il se gorge d’eau descendue des sommets et continue avec persistance son travail d’érosion. Le pont est sculpté dans une monumentale roche de lave vieille de 140 000 ans.
Natural Bridge Natural Bridge Une petite marmotte veille sur les lieux La petite marmotte
De là, nous admirons le lac qui s’étend à nos pieds et déjeunons rapidement.
Nous entreprenons l’après-midi, la randonnée d’Elephant Back. C’est un sentier de 6 kilomètres sur les traces d’une coulée de lave qui, après une montée quelque peu abrupte, permet d’offrir à nos yeux une vue panoramique sur le Lac.

La marche débute dans une dense forêt de pins tordus. Certains n’ont plus de branche sur le premier tiers de leur tronc. Ce dénuement est dû au fait qu’en poussant dans une telle promiscuité, les arbres procèdent à une sorte de sélection et favorisent les branches qui reçoivent le plus de lumière du soleil. Le sol est jonché de troncs tombés sous les bourrasques du vent et qui se dessèchent lentement en offrant un asile douillet à des champignons et à de la mousse.
Glacier Lily
La montée devient bientôt ardue. On prend à gauche car le dénivelé semble moins prononcé…Illusion ! Pour tenir, je pense au plaisir de la descente. Les pins tordus sont rejoints par des épicéas et des sapins. La saveur doucereuse de leur sève chatouille nos narines.
Le passé de Yellowstone est bien présent à travers des pierres volcaniques d’un noir brillant qui rappellent Obsidian Cliff. Les géologues s’accordent pour affirmer qu’il y a 640 000 ans un volcan est entré en éruption créant un énorme cratère. Au fil des décennies, ce cratère a été rempli de coulées de lave successives et Elephant Back en a émergé il y a 70 000 ans. Une partie du cratère qui n’a pas reçu de coulée de lave est devenu le Lac Yellowstone.
Le nom de cette montagne semble devoir à l’imagination du trappeur Jim Bridger qui trouvait que le Mont Washburn tout proche ressemblait à un dos d’éléphant. Lors de la mise en plan de la zone, Dr. Ferdinand Hayden (dont le récit de ses découvertes au Congrès américain a grandement contribué à faire de Yellowstone un Parc National et donc une zone protégée) a attribué ce nom à la colline que nous gravissons. Au fur et à mesure de notre progrès à travers la forêt, celle-ci s’éclaircit et nous apercevons entre les branches de nos compagnons boisés des fragments du Lac dont le bleu azur est bien rafraîchissant.

Une fois au sommet, nous admirons l’immense étendue du Lac avec deux de ses « doigts ». Ses autres « doigts » et son « pouce » sont cachés par des promontoires le long du Lac. On aperçoit toutefois 3 des 5 îles du Lac (Ile Stevenson, île Frank et île Dot) ainsi que les Red Mountains. A l’est du Lac, on aperçoit au loin les sommets de la chaîne des Tétons.
Yellowstone Lake Two fingers Ile Stevenson
La descente nous paraît moins ardue et nous prenons un sentier qui passe exclusivement à travers la forêt à flanc de montagne afin d’effectuer une boucle.
Nous avons un camping à la sortie est du Parc – une longue route. Sous le soleil couchant, nous longeons le lac et nous arrêtons pour un instant de calme à Steamboat Point.
Steamboat Point Steamboat Point Steamboat Point
Avant de quitter le parc, nous croisons une impassible maman grizzly et son turbulent bébé à la recherche de leur repas du soir.
Nous consacrons notre journée du lendemain à explorer d’autres rives du Lac et jetons notre dévolu sur Pelican Valley. Hélas, la petite randonnée que je convoitais autour de Pelican Creek est inaccessible à cause de travaux. Tant pis, nous nous rabattons sur la randonnée de 4 kilomètres jusqu’à Storm Point. Nous ne sommes absolument pas déçus de la balade.
Tout d’abord, nous sommes accueillis par un débonnaire bison qui s’abreuve dans l’eau du bucolique Indian Pond. A sa lente et molle démarche, il peut paraître difficile de croire que le galop du bison puisse atteindre 73 km/h et pourtant des panneaux et des dépliants nous le rappellent sans cesse en nous conseillant fortement de ne pas les approcher. Yellowstone est le domaine de la faune et de la flore sauvages, nous n’en sommes que les simples invités.

Nous continuons notre chemin par un petit sentier étroit qui côtoie le bord du Lac. C’est calme et pourtant une folle vie sous-marine et arthropode se déroule sous nos yeux, des truites fardées nagent dans le lac, des bourdons butinent le nectar des fleurs, les scarabées fouillent les bouses des bisons et les papillons virevoltent en nous montrant le chemin.
Storm Point Trail avec le Yellowstone Lake en deuxième plan
Nos pas débouchent enfin sur une grande étendue sablée et notre regard est arrêté par des petites dunes surplombant le lac.

Nous gravissons une petite colline boisée et nous nous retrouvons sur un promontoire étroit balayé par les vents face à un lac agité. Alors, tel Chateaubriand sur son rocher, nous nous posons pour quelques minutes de méditation. Storm Point porte bien son nom.

A notre retour sur les rivages d’Indian Pond, nous croisons trois nouveaux bisons qui paissent tranquillement.

Nous marquons un petit arrêt aux Lehardy Rapids là où le fleuve Yellowstone accélère subitement et démesurément son flot. A l’abri des roches, quelques truites fardées complotent pour leur prochaine prise d’insectes et des Arlequins plongeurs se reposent, le bec dans les plumes, sur un rocher au milieu de toute cette agitation.
La dernière étape de notre journée est l’ensemble de Sources de la Gueule du Dragon (Dragon Mouth Spring). On imagine que le lieu doit son nom au fait que de l’eau jaillisse d’une grotte telle une langue de dragon bondissante et rugissante. Il y a plusieurs bains de boue bouillonnants (mud pots), de cavités fumantes et frémissantes (caldrons) et de sources d’eau chaude crépitantes.
Dragon’s Mouth
Notre arrivée au camping de Bridge Bay est saluée par un cerf majestueux qui broute tranquillement face au lac. Mais nous sommes loin alors d’imaginer qu’un couple de bisons et une fratrie de jeunes cerfs ont élu domicile au milieu des tentes et des camping-cars.

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