« C’est une maison bleue, adossée à la colline. On y vient à pied, on ne frappe pas. Ceux qui vivent là ont jeté la clé. » On peut chanter avec Maxime Le Forestier qui composa cette chanson en 1972 sur San Francisco tant se dégage toujours de la ville un petit air bohème.
Même si j’étais persuadée jusqu’en juillet 2018 que ces vers appartenaient à une chanson d’Idir et faisaient référence à une colline de Kabylie.
San Francisco inspire les artistes et en arpentant ses rues, je gardais dans un coin de ma tête les descriptions d’Armistead Maupin.
J’avais également en tête les fabuleux dessins de Wayne Thiebaud que nous avions découvert quelques semaines plus tôt au détour d’une visite du Morgan Museum dans le quartier de Murray Hill à Manhattan.

San Francisco c’est encore Jack Kerouac et Neal Cassady et les promesses de liberté.


San Francisco me fascinait et j’en suis tombée amoureuse. Contrairement à sa cousine du sud de la Californie – Los Angeles – San Francisco est une ville plus proche des standards de la Côté Est avec un centre, des quartiers bien définis, une histoire, une âme. San Francisco a aussi une histoire qui porte en elle les éléments qui font encore la ville aujourd’hui, une ville bien établie et prospère et pourtant toujours flirtant avec les limites et les normes.
Fondée par les colons espagnols en 1776, San Francisco prospère pendant la ruée vers l’or et ses suites. Nous visitons donc, dans le quartier de la Mission, la plus vieille église de la ville, extrêmement bien conservée, un peu hors du temps, dans un quartier au demeurant très agréable.
Elle devient ensuite la ville emblématique du jean, qui habillait les bûcherons et les mineurs, avec la création de Levi Strauss et l’association avec Jacob Davis. D’abord vêtement de travail, le jean devient à San Francisco puis partout ailleurs un symbole de la jeunesse en révolte. A la manière de Jack Kerouac, tels des vagabonds célestes, des poètes aux semelles de vent, beaucoup de jeunes, plus ou moins artistes, débarquent à San Francisco. Hélas, si San Francisco peut rimer avec opportunités, elle rime aussi avec pauvreté.
San Francisco est certainement la ville où la collision entre extrême richesse et extrême pauvreté m’a le plus frappée aux Etats-Unis, où les jeunes cadres de la Silicon Valley croisent sans les voir leurs doubles ravagés par la drogue, les rêves avortés et la pauvreté. C’est aussi la ville où la criminalisation de la pauvreté m’a le plus sauté aux yeux. Etre pauvre est devenu un crime et des amis américains, pourtant très libéraux, se plaignent des pauvres comme un potentiel danger. Pourtant, avec Baby Boy et demi-portion nous ne nous sommes jamais sentis en danger.
Tous les quartiers de la ville ont une identité bien particulière. Nous avons particulièrement adoré le quartier du Castro – le quartier gay historique où des messieurs se baladent tout nus devant des vitrines de magasins vendant toutes sortes d’accessoires sexuels, où il est rendu hommage aux personnes homosexuelles massacrées par le régime hitlérien, où on se souvient de Harvey Milk –« le Maire de Castro Street » et assassiné en 1978. On passe aussi devant le beau bâtiment du cinéma Art Déco de la rue principale.
Nous avons aussi beaucoup aimé parcourir le quartier de Mission à la recherche des plus belles fresques de rue (Balmy Alley et Clarion Alley). C’est un quartier hyper coloré et vivant avec pas mal de magasins de seconde main où on trouve des merveilles. Ne pas manquer le bâtiment Maestrapeace rendant hommage aux femmes qui œuvrent pour la paix autour du monde.








Nous avons adoré l’architecture de la ville aux maisons victoriennes qui dévalent les rues en pente, le bord de l’océan avec la balade piétonne et les machines à sous d’un autre temps, la montée de la Coit Tower avec plein de petits passages secrets et arborés, et de là l’époustouflante vue sur la ville. Nous nous sommes bien évidemment échappés le temps d’un après-midi pour nous enfermer à Alcatraz dont nous avons appris que le temps de quelques semaines ce fut un territoire des Premières Nations. On y apprend aussi qu’Al Capone fut son plus célèbre prisonnier et que ses « résidents » avaient le droit à des douches chaudes…afin de ne pas les préparer aux eaux glacées de l’océan s’ils cherchaient à s’enfuir.


Il faut aussi profiter d’un séjour à San Francisco pour visiter Oakland et y découvrir son Chinatown et admirer ses bâtiments Art Déco. A voir avant, pendant ou après une visite d’Oakland le film Fruitvale Station.




J’ai l’impression que nous n’avons jamais terminé d’explorer San Francisco !

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