Est-ce qu’on sort changé d’une telle aventure ?

Lorsque nous avons planifié et entamé notre voyage, nous prévoyions la découverte de paysages grandioses notamment en regardant les photos publiées sur les sites des Parcs Nationaux. Nous savions que nous partions à l’aventure et que c’était plutôt bien balisé.  Toutefois, nous n’imaginions pas l’influence de notre voyage sur notre vision du monde et nos convictions. Nous avons appris tellement de choses sur le fonctionnement de la planète, sur la faune et la flore, sur les interactions avec l’humain que cela a nécessairement modifié nos rapports à notre environnement et à nos corps.  

Vivre pendant 2 mois et demi dans un camping-car réduit les besoins à l’essentiel. Le superflu n’a pas de place et cela occasionne plein de réflexions sur la société de consommation et notre conditionnement à alimenter ce système.

Le caractère grandiose des paysages et la force de la nature nous ont rendu inévitablement plus humbles car ils replacent l’humain au sein d’un univers dont il n’est pas le maître.

Enfin, nos corps ont littéralement changé sous l’influence de notre nouveau régime fait de randonnées et de snacks vite avalés et de moindre confort. Puis, nous avons laissé une plus grande place aux émotions ressenties devant ces paysages.

Pourquoi avoir opté pour un camping-car ?

Initialement, nous imaginions plutôt un voyage en voiture et des nuits passées sous la tente. Nous avions prospecté pour acheter des tentes d’occasion avec tout le matériel de cuisine portatif. Un coup d’œil aux prévisions météo dans le Wyoming nous a vite dissuadé de poursuivre cette option, notamment parce que nous partions avec un nouveau-né. Nous avons opté pour un camping-car  d’abord pour l’image d’Epinal de baroudeurs et ensuite pour le côté pratique d’avoir une maison qui roule. Cela nous offrait une liberté folle.

Comment avoir choisi la destination ?

Je voulais absolument découvrir Yellowstone, plus pour la faune que pour les formations géologiques extraordinaires que j’ai pu apprécier qu’une fois là-bas. Nous avons ensuite construit le parcours autour de ce Parc en s’appuyant sur la connaissance de Baby Boy de l’Ouest américain et de ce qu’on lisait dans les guides.

Puis, il a fallu trouver une ville où il était possible de louer un camping-car. Ce fut Flagstaff.

Enfin, nous avons préparé un planning au jour le jour en prenant en compte les temps de parcours, le nombre de jours par étape (selon les randonnées que nous voulions effectuer), les supermarchés à proximité des lieux visités et l’alternance entre camping primitif et camping équipé. Le site du National Park Service est une mine d’informations. Nous n’avons pas consulté d’autre blog de voyage et je parie qu’ils sont légion.

 La logistique : gestion de l’eau, lessives…

Vivre dans un camping-car signifie être soumis à beaucoup de règles logistiques. Prévoir combien de temps on peut tenir sans avoir accès a l’eau, l’électricité et les égouts. La majorité des Parcs d’Etat n’offre pas ces équipements. Puis, parfois, nous devions dormir en pleine nature. La gestion mesurée de l’eau est donc indispensable. Prévoir des bidons d’eau minérale quand on voyage avec des enfants car l’eau fournie – quand elle l’est – n’est pas nécessairement cristalline.

Il faut aussi, lorsqu’on reprend la route, s’assurer que rien ne peut tomber. Un livre posé sur un lit aura tôt fait de se retrouver dans la « cuisine ». La bouteille d’huile d’olive – que nous continuions d’acheter dans un récipient en verre – s’est retrouvée plusieurs fois la tête en bas par terre. La vaisselle dans les placards va danser sous les irrégularités de la route. Tout doit être rangé dans un si petit espace.

Prévoir également des arrêts, à des moments précis, dans les villes ou les campings dotés de laverie car impossible de faire une lessive en pleine nature – la pollution des sols serait catastrophique. Plusieurs campings n’autorisent pas non plus d’étendre son linge.

Enfin, le frigidaire met 6 heures à se refroidir donc il faut être stratégique quand on décide d’y avoir accès.

Comment bien se préparer ? Que ne faut-il pas oublier ?

Regarder la météo et prévoir en fonction. Cela peut être compliqué quand on passe des températures caniculaires de l’Arizona à la neige du Wyoming. Il faut donc anticiper.

Ce qui nous a paru particulièrement utile fut un transformateur à brancher sur l’allume-cigare pour recharger les appareils éléctroniques en l’absence de branchements au réseau éléctrique, des jumelles et une trousse de premier secours. Nous avons dû acheter des petits chauffages d’appoint, juste avant le Wyoming, car sans connexion à l’électricité, le chauffage du camion ne fonctionne que 2 heures.

Il faut également partir bien équipé pour des randonnées, notamment avec de bonnes chaussures…

Est-ce économique ?

Vivre deux mois et demi en camping-car est peut-être légèrement plus économique que de conduire une voiture d’étape en étape, de dormir à l’hôtel et de manger dans des restaurants. Vivre dans une tente aurait été une option moins onéreuse, certainement (mais ce n’est plus la même expérience). Les nuits dans un camping selon le niveau de confort offert – de primitif à l’accès total à l’eau et l’électricité – sont une bonne part du budget. Une façon de réduire les dépenses est donc d’alterner avec des nuits en pleine nature – dans des zones autorisées (se renseigner auprès des rangers et des offices du tourisme de la région – ce sont des « public lands »).

Par ailleurs, une carte annuelle d’accès aux Parcs nationaux et autres forêts et monuments nationaux permet aussi de réduire les dépenses. Surtout, il faut planifier les courses d’alimentation pour pouvoir se ravitailler, si nécessaire, en dehors des Parcs. Les General Stores (sorte d’épiceries/magasins de souvenirs) pratiquent des prix prohibitifs dans les Parcs.

Enfin, il faut choisir la ville de location du camping-car en fonction des tarifs pratiqués car ils évoluent d’une région à une autre (prendre en compte le coût de l’essence).

Est-ce sûr ?

Cette question m’a été plusieurs fois posée et m’a traversé l’esprit à plus d’une occasion. Lorsque nous dormions complètement isolés, les images de tueurs en série dont nous sommes abreuvés par les  multiples histoires à sensation et séries télévisées, me revenaient en tête et j’avoue que ces nuits-là, je dormais sans boule Qies pour pouvoir réagir au moindre bruit étrange – tout en sachant qu’avec mes petits bras musclés je ne pouvais pas faire grand-chose.  Je ne recommande pas car la nuit, dans les parties sauvages du territoire, des bruits étranges il y en a beaucoup et on ne dort donc pas bien.

Le plus simple est de s’assurer que les portes du camping-car sont bien fermées.

Par ailleurs, et je le mentionne dans certains articles, les armes à feu circulent librement aux Etats-Unis. Il y a 393 millions d’armes pour 209 millions d’adultes. J’ai été extrêmement surprise de constater que certains font de la randonnée dans des Parcs nationaux, un pistolet accroché à la hanche.

En 2020, 20 000 américains sous morts sous des coups de feu (40 000 ont été blessés et 24 000 se sont suicidés avec un pistolet). En excluant les suicides, cela signifie que 55 américains meurent chaque jour sous des coups de feu. On parle beaucoup des fusillades de masse (plus de 100 depuis le début de l’année 2021 aux Etats-Unis) mais la majorité des morts par arme à feu est liée à la délinquance (grande ou petite). Cela se déroule rarement dans les Parcs nationaux ou d’Etat.

La plupart des morts dans les Parcs arrive à cause d’une mauvaise préparation (manque d’eau et de nourriture) ou de non-respect des mesures de sécurité (chute depuis une falaise, interaction avec un animal sauvage).

Les Parcs font un excellent travail de prévention en expliquant les règles simples à respecter pour vivre une aventure agréable.

Comment faire pour ne pas se taper dessus à 4 dans 15 mètres carrés et finir dans la page des faits divers ?

Une telle promiscuité provoque nécessairement des tensions. Maintenant, notre camping-car pouvait permettre de s’isoler avec 3 compartiments : la cabine de conduite, le salon-salle à manger-cuisine et la chambre.

Puis, nous avions la chance d’avoir comme jardin l’immensité du Wild Wild West et de pouvoir sortir prendre un grand bol d’air.

Enfin, les paysages traversés invitent à la méditation. Je me souviens de séances salvatrices à Badlands.

Est-ce gérable avec des enfants ?

Cela nous a semblé parfaitement gérable mais je pense que cela dépend de l’âge des enfants et de leur capacité à effectuer des randonnées plus ou moins fatigantes.

Les Parcs nationaux – en temps normal – proposent des activités dédiées aux enfants et des parcours qui leur permettent de devenir de manière ludique des Junior Rangers.

Nous avons trouvé que c’était aussi une expérience pour eux et une opportunité formidable de les ouvrir au monde et de leur apprendre le respect de la nature et des autres.

Est-ce que la pandémie a affecté votre voyage ?

La pandémie a totalement affecté notre voyage de plusieurs manières, positivement et négativement.

Tout d’abord, nous y prenant peu en avance, nous avons réussi à trouver des places dans des campings de Parcs nationaux normalement complétement réservés plus d’un an en avance (changement de dernière minute dans le sud de Yellowstone).

Les Parcs n’offrant plus de services – pas de conférences de rangers, pas de centre d’information ouvert – certains ne faisaient pas payer l’entrée.

Mais d’autres parcs avaient fermé leurs campings nous obligeant à rouler chaque soir hors du parc pour pouvoir dormir.
Les Réserves des Premières Nations ayant été brutalement et cruellement affectées par le virus, elles ont toutes fermé l’accès à leur territoire. Ainsi, nous avons dû changer nos plans et rallonger le temps de parcours. J’ai donc dû renoncer à me recueillir à Wounded Knee par exemple.

Est-ce que vous étiez tentés de prélever des pierres ou des fleurs dans les endroits où vous passiez ?

Nous n’étions absolument pas tentés car la nature est tellement belle ainsi. Nous sommes informés et éduqués par les différents panneaux tout au long du parcours sur la nécessité impérieuse de respecter la biodiversité.

D’ailleurs, ce qui nous énervait le plus était de voir des personnes cueillir des fleurs pour en faire des bouquets, ramasser des pierres ou sortir des sentiers de randonnées.

Quel est le top 10 des meilleurs endroits ?

C’est une question à laquelle j’ai beaucoup réfléchi pendant tout le voyage et la réponse est difficile à apporter. J’imagine que les lecteurs assidus du blog ont pu trouver des indices au fil des articles.

Je prends plusieurs critères en compte : l’émotion ressentie devant les paysages, la faune et la flore, la charge historique des lieux et l’environnement immédiat (est-ce que le Parc était beaucoup trop fréquenté ou pas ?).

A noter que mon top 10 diffère de celui de Baby Boy

1 – Badlands

2 – Yellowstone

3 – Canyonlands

4 – Grand Canyon

5 – Kodachrome State Park

6 – Dead Horse Point State Park

7 – Wupatki State Park

8 – Arches

9 – Colorado National Monument et Capitol Reef

10 – Valley of the Gods

Quid des premières nations ?

En raison de la pandémie, nous n’avons que peu croisé des membres des tribus natives résidant sur le territoire que nous traversions. Une chose est sure c’est qu’ils sont clairement les agents de protection de cette nature. Ils nous ont accompagnés tout au long de notre parcours avec leurs histoires sur et de cette terre et leur connaissance intime de la faune et de la flore.

Le roadtrip en quelques chiffres

  • 4 aventuriers
  • 8690 kilomètres parcourus
  • 8,7 kilomètres de marche en moyenne par jour
  • 9 semaines
  • 7 Etats traversés
  • 1 National Recreation Area
  • 2 Forêts Nationales
  • 6 Parcs d’Etat
  • 7 National Monuments (Mount Rushmore est un National Memorial)
  • 11 Parcs Nationaux (Trump a exclu The Valley of the Gods du Parc National de Bears Ears en 2017 mais le Parc demeure géré comme un Parc National)

Dernier conseil avant de partir ?

Bien prévoir et organiser mais surtout rester ouvert à l’imprévu !