Devil’s Tower n’était pas une étape prévue initialement mais l’arrière-train de notre camping-car arbore fièrement une illustration de cette formation géologique étonnante et nous offre donc une excuse pour pousser un peu plus loin l’exploration du Wyoming.

Sur notre route, se succèdent des motels, des diners et des maisons abandonnées. Nous traversons Moorcroft, bourgade de 1000 âmes, image d’Épinal d’une Amérique rurale du vieil Ouest.
Devil’s Tower est un monument national marquant l’entrée dans les Black Hills. Les Black Hills sont une terre absolument sacrée pour les Premières Nations, notamment les Lakota (appelés parfois Sioux). Lorsqu’en 1851, le premier traité de Fort Laramie, établissant une Réserve pour toute la Nation Sioux à l’ouest du fleuve Missouri, est signé sous la contrainte, les colons européens s’engagent à exclure les Black Hills de toute colonisation (c’était une contrepartie pour s’assurer que le traité serait bien signé). Or, quand en 1874, de l’or est découvert dans ces montagnes par des explorateurs peu soucieux du respect des lois et coutumes, la protection des Black Hills est compromise. Les Lakotas sont ensuite déportés vers des Réserves éparpillées dans le Dakota du Sud et perdent les Black Hills.
Pour les Lakotas, les Black Hills constituent le coeur battant de leur univers et le point de naissance de leur nation. C’était aussi le lieu de plusieurs de leurs cérémonies (danses, expériences spirituelles, funérailles).
L’histoire des Black Hills est emblématique de la confrontation entre la spritualité des Premières Nations et l’avidité des colons européens devenus américains (attirés par l’or, achetant la terre au 19ème siècle et offrant des compensations monétaires au 21ème siecle, compensations refusées par les Lakotas au motif qu’une terre sacrée n’a pas de prix).

En venant visiter Devil’s Tower nous rentrons donc sur une terre convoitée et vénérable. Nous débutons donc l’ascension du mont de Devil’s Tower, pleins de déférence. Sur notre chemin, nous croisons plusieurs talismans colorés pendus aux branches des arbres. Il y a plusieurs légendes pour raconter l’histoire de cette formation géologique surprenante. Pour les Kiowas, une tribu des Grandes Plaines, ”huit enfants – sept fillettes et un garçon – jouaient lorsque soudainement le jeune garçon a été pris de tremblements. Des griffes ont remplacé ses ongles sur ses mains et ses pieds. Son corps s’est couvert de fourrure. D’un coup, un ours a pris la place du jeune garçon. Les sept fillettes sont terrifiées et prennent la fuite avec l’ours à leur suite. Elles finissent par reprendre leur souffle sur la souche d’un grand arbre. L’arbre s’adresse à elles et leur propose de monter sur la souche. Les sept sœurs ne voient pas d’autre solution pour échapper à l’ours et décident de suivre le conseil de l’arbre. Une fois les enfants perchées sur la souche, celle-ci grandit et grossit et les élève dans les airs. Lorsque l’ours arrive, les fillettes sont hors de sa portée. Il se rue sur la souche devenue tour et l’entaille de ses griffes puissantes en tentant de grimper. La souche continue de grandir portant ainsi les sept fillettes dans les nues. Ces enfants deviennent alors les étoiles de la Pléiade. »

La géologie moderne estime qu’il s’agit d’une roche ignée formée par un magma en fusion.
Le théorie des Kiowas me parait beaucoup plus poétique.
Depuis, d’autres personnes ont essayé de grimper sur cette tour. On voit encore les vestiges d’une échelle en corde. Lors de notre randonnée autour du monument, nous avons aperçu des silhouettes qui semblaient tenter une ascension à main nue.
Ce qu’il y a de formidable, au-delà de la légende, du caractère sacré, de la monumentalité de Devil’s Tower, c’est la multitude de ses teintes selon l’endroit d’où on l’admire. Tantôt grise, tantôt ocre, elle se pare de doré lorsque le ciel s’assombrit et se déchire sous les éclairs. En effet, au pic de notre marche, le ciel se fait menaçant sous des bourrasques de vent qui chassent les uns après les autres des nuages bleu canard, gris et pourpre.

A nos pieds, s’étend une vallée paisible où coule la rivière Belle Fourche (elle doit son nom, on s’en doute, à des trappeurs français venu chasser le castor depuis la Louisiane française).
Showy Milkseed Texas Thistle Chenille
Nous continuons notre promenade, entre chien et loup, autour de la tour et nous croisons de jeunes cerfs qui dînent entre les arbres.
Lors de notre descente, nous croisons des chiens de prairie malicieux qui semblent jouer à cache-cache. Il s’agit ici d’une espèce animale protégée qu’il est formellement interdit de nourrir, d’approcher ou de toucher.

Nous quittons le Wyoming pour le South Dakota.
Tes photos sont absolument superbes!!!! Merci pour cet article.
J’adore la légende des 7 filles, les étoiles de la Pléiade. Tu la racontes merveilleusement bien. Quant à cette formidable Devil’s Tower (la Tour du Diable) j’ai lu que sa hauteur était de 1.558 m. Sur tes images elle semble être encore plus vertigineuse. Merci pour cette info concernant la guerre des Black Hills.
Merci pour tout, merci pour ce voyage très instructif !
Je ne savais pas que cette formation faisait partie des collines noires. l’ordre normal des choses serait d’en faire un territoire indigène.
Bravo pour l’article